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Les stratégies de l’enseignant en situation d’interaction

Note de synthèse pour Cognitique

Programme Ecole et Sciences Cognitives

Pascal Bressoux

(Responsable de la note de synthèse)

René Amigues, Michèle Arnoux, Christine Barré-De Miniac, Joël Clanet, Philippe Dessus, Jean-François Halté, Jean-Jacques Maurice, Marie-Jeanne Perrin-Glorian, Françoise Raby

Février 2002

Les auteurs

René Amigues
Professeur en Sciences de l’Education
IUFM d’Aix-Marseille
Equipe Ergonomie Scolaire de l’IUFM d’Aix-Marseille

Michèle Arnoux
Doctorante en Sciences de l’Education
Université Pierre Mendès France, Grenoble II
Laboratoire des Sciences de l’Education (LSE) de l’Université Pierre Mendès France.

Christine Barré-De Miniac
Professeur en Sciences de l’Education
IUFM de Grenoble
Laboratoire Linguistique et Didactique en Langue Etrangère et Maternelle (LIDILEM) de l’Université Stendhal (Grenoble III) et de l’IUFM de Grenoble.

Pascal Bressoux
Professeur en Sciences de l’Education
Université Pierre Mendès France, Grenoble II
Laboratoire des Sciences de l’Education (LSE) de l’Université Pierre Mendès France.

Joël Clanet
Maître de conférences en Sciences de l’Education
Université de Toulouse Le Mirail
Centre de Recherches en Education, Formation, Insertion (CREFI) de l’Université de Toulouse Le Mirail.

Philippe Dessus
Maître de conférences en Sciences de l’Education
IUFM de Grenoble
Laboratoire des Sciences de l’Education (LSE) de l’Université Pierre Mendès France.

Jean-François Halté
Professeur en Sciences du Langage
Université de Metz
Centre de Recherche en Didactique du Français (CRDF) de l’Université de Metz.

Jean-Jacques Maurice
Maître de conférences en Sciences de l’Education
Université de Toulouse Le Mirail
Centre de Recherches en Education, Formation, Insertion (CREFI) de l’Université de Toulouse Le Mirail.

Marie-Jeanne Perrin-Glorian
Professeur en mathématiques, spécialité : didactique des mathématiques
IUFM Nord-Pas-de-Calais
Equipe DIDIREM de l’Université Paris VII.

Françoise Raby
Maître de conférences en études anglaises, spécialité : langue de spécialité et didactique de l’anglais
IUFM de Grenoble
Laboratoire des Sciences de l’Education (LSE) de l’Université Pierre Mendès France.

Sommaire

Introduction générale

La présente note de synthèse a été commanditée dans le cadre du programme Cognitique (sous-programme Ecole et Sciences Cognitives). Il s’agissait de faire un état de l’art des travaux nationaux et internationaux qui prennent pour objet “ les stratégies de l’enseignant en situation d’interaction ”.

Délimitation du champ d’investigation

Le premier travail a consisté à délimiter le champ de l’investigation, en commençant par définir les termes de la commande, en particulier les termes “ stratégie ” et “ interaction ”.

Le terme “ stratégie ” peut être entendu dans le sens strict d’une personne qui réalise consciemment une action en vue d’une fin précise explicitement posée. Maintenir une telle définition aurait toutefois conduit à exclure du champ de la synthèse un très grand nombre de travaux qui, pourtant, prennent bien pour objet l’enseignant en situation d’interaction. En fait, une telle définition nous aurait restreints d’emblée à une philosophie intentionnaliste, voire rationaliste de l’action, excluant de fait toute autre philosophie de l’action (en particulier une philosophie dispositionnaliste de l’action), où les “ stratégies ” ont à voir avec le flou, l’incertain, avec des fins non explicitement posées, où interviennent des schèmes d’action, des routines, voire des automatismes. Bref, cela nous aurait conduits à exclure a priori les travaux où les agents ne sont pas conçus comme des “ stratèges ”, c’est-à-dire où l’aspect consciemment calculateur, rationnel, est évacué ou très fortement limité. Nous avons donc adopté une définition très large du terme “ stratégie ” nous permettant d’intégrer dans la synthèse un vaste champ de travaux allant jusqu’à l’étude des comportements des enseignants, même si ces comportements n’étaient pas nécessairement explicitement référés à un fonctionnement cognitif précis.

Si le terme “ interaction ” semble poser a priori moins de problèmes de définitions, il a suffi de faire un rapide panorama de la recherche pour voir apparaître des difficultés quant à savoir si certains travaux entraient ou non dans le champ des interactions. L’interaction se limite-t-elle au format oral ou doit-on intégrer d’autres formats (gestuel, écrit, etc.) ? L’interaction se réalise-t-elle uniquement entre enseignants et élèves ou faut-il considérer d’autres partenaires (parents, collègues, etc.) ? Une interaction se réalise-t-elle uniquement en cas de présence simultanée (en face à face) des différents partenaires ? Ainsi, ne peut-on concevoir les corrections de copies comme une phase d’interaction décalée dans le temps, où l’enseignant adresse un message à l’élève, que ce dernier lira ultérieurement et auquel il pourra réagir d’une manière ou d’une autre ? De même, un enseignant planifiant sa leçon n’est-il pas dans une forme d’interaction anticipée avec ses élèves ? L’interaction doit-elle se limiter à la classe ou intégrer des “ espaces ” plus vastes tels que l’école ? Face au risque de nous trouver devant un champ beaucoup trop large et beaucoup trop ambitieux, nous avons choisi de nous limiter aux interactions maître-élèves au sein de la classe. Il s’agit donc d’étudier l’enseignant en situation d’enseignement “ classique ”. Toutefois, nous prendrons également en compte deux éléments qui débordent quelque peu ce cadre, mais qui y sont étroitement liés. D’une part, certaines activités qui ne relèvent pas de la phase interactive de l’enseignement mais qui la déterminent en partie ; ainsi, feront l’objet d’une revue les travaux ayant étudié le lien entre l’activité de planification et l’activité d’enseignement en classe. D’autre part, il a semblé judicieux de ne pas évacuer systématiquement les travaux mettant en relation les pratiques d’enseignement avec les acquis des élèves, même si certains de ces travaux étaient plus centrés sur l’étude du second élément que du premier.

Ne seront objet de la note de synthèse que des travaux empiriques, ce qui exclut donc les travaux exclusivement “ théoriques ”, spéculatifs ou prescriptifs. Aucune limitation n’a été posée pour les travaux empiriques en ce qui concerne les protocoles et méthodes utilisés (qu’ils soient de nature expérimentale ou écologique, qualitative ou quantitative…).

Précisons que la présente note de synthèse n’a pas pour but l’exhaustivité. Cette non-exhaustivité doit s’entendre dans deux sens : d’une part, tous les champs disciplinaires et tous les courants de recherche qui auraient pu relever du thème des “ stratégies de l’enseignant en situation d’interaction ” tel que nous l’avons défini ne sont pas pris en compte dans la synthèse. Il en est ainsi de certaines disciplines didactiques (nous pensons ici particulièrement à la didactique des sciences physiques et à la didactique des activités physiques et sportives), ainsi que de certains courants de recherche : travaux sur les connaissances des enseignants, travaux portant sur les comportements différenciés des enseignants en fonction du genre, de l’origine sociale, de l’origine technique… des élèves, certains travaux processus-produit, etc. Les exclusions que nous avons réalisées ne se justifient que par un souci de limiter l’ampleur de notre tâche1. D’autre part, à l’intérieur des disciplines et des courants explorés, tous les travaux en rapport avec le thème de la synthèse n’ont pas été répertoriés nécessairement de manière exhaustive2. Dans les cas où les travaux étaient particulièrement nombreux, nous avons présenté les plus exemplaires et les plus représentatifs du champ concerné.

Dans le cadre qui vient d’être défini, la note de synthèse vise à dresser un bilan global (sur les plans théorique, méthodologique et des résultats empiriques) et contrasté (international versus français) concernant les apports, les limites et les manques des travaux sur les stratégies des enseignants en situation d’interaction.

Une brève revue des grands courants de travaux concernant les stratégies de l’enseignant en situation d’interaction

Sans vouloir entrer dans trop de détails, nous proposons ici un bref aperçu des grands courants qui ont traité, directement ou indirectement, des stratégies de l’enseignant en situation d’interaction. Le but est de permettre de situer les travaux qui seront présentés dans les différents chapitres de cette note de synthèse dans une perspective plus large qui les englobe. Nous sommes conscient du fait que cette présentation est relativement sommaire : ces grands courants apparaissent ici comme des étiquettes qui rendent bien mal compte de tous les emprunts entre les divers courants, de tous les travaux qui ne se laissent pas enfermer dans l’une quelconque de ces étiquettes.

Une première vague de travaux, initiée dès le début du xxe siècle, mais surtout développée des années 1930 aux années 1950 aux Etats-Unis, espérait trouver dans les traits de personnalité des enseignants les facteurs d’un enseignement efficace. Ces travaux tentaient de définir le critère d’efficacité afin de recruter les meilleurs enseignants. Une telle conception implique l’existence d’une variable générale s’appliquant à tous les contextes et à tous les niveaux d’enseignement. Il s’agissait donc d’identifier les traits de personnalité qui permettraient de présager (variables de présage) la qualité des enseignants. On pensait ainsi pouvoir établir le profil du bon enseignant. Les chercheurs se fondaient alors sur des conceptions a priori de ce que devait être un bon enseignant : celui-ci devait être sympathique, intelligent, vertueux, allègre, etc. Les résultats obtenus par ce premier type de recherches ont été largement inconsistants et se sont révélés sans grande portée pratique et théorique. Gage (1976) en dresse le bilan suivant : “ Ledit problème du critère [d’efficacité] a égaré toute une génération de chercheurs sur l’enseignement et les a embrouillés dans une controverse stérile et sans fin, les a menés à se leurrer dans des tentatives ambitieuses et sans espoir de prédire l’efficacité de l’enseignant ” (Gage, 1976, p. 39). La stérilité de cette approche, son manque de justification théorique, ont conduit les chercheurs à se lancer dans une autre voie.

Les travaux processus-produit, nés dans les années 1950 aux Etats-Unis, puis surtout développés dans les années 1960-70, renoncent à la recherche d’un critère unique d’efficacité. Il s’agit de travailler sur des variables moins générales (et plus facilement opérationnalisables) quitte à se poser a posteriori la question de la généralisabilité des résultats obtenus. Mais surtout, ce qui fait la spécificité du courant processus-produit par rapport au courant sur le critère d’efficacité c’est, d’une part, qu’on ne va plus chercher à identifier des traits mais des comportements d’enseignants et, d’autre part, que ceux-ci seront mis en relation avec les acquis scolaires des élèves. Aussi bien peut-on dire que le courant processus-produit est le premier qui ait conduit les chercheurs à pénétrer dans la classe et tenté une véritable investigation scientifique de l’enseignement. L’ambition est même de parvenir à une théorie de l’enseignement efficace. Le courant processus-produit circonscrit la problématique enseignement-apprentissage au domaine des acquis scolaires, en la traitant dans une durée relativement limitée (la séquence, l’année scolaire). Il s’agit de traiter l’enseignement comme un processus interactif maître-élèves observable. Sur le plan méthodologique, on a surtout affaire à des techniques quantitatives : les observations se font généralement à l’aide de grilles d’analyse dont le dépouillement donne lieu à des décomptes d’occurrences qui sont ensuite corrélés avec les résultats des élèves à des épreuves standardisées d’acquisitions scolaires (le plus souvent langue maternelle et mathématiques). Dans les meilleurs des cas, une régression multiple permet de tenir sous contrôle le niveau initial des élèves et leurs caractéristiques sociales. A cause de la relation qui est établie entre des comportements observables et des acquis d’élèves, schéma assez facilement assimilable à celui d’un stimulus-réponse, il a été souvent avancé que le courant processus-produit était béhavioriste. Ce constat mérite toutefois d’être affiné et nuancé. Comme l’avance Berliner (1990), le courant processus-produit est moins marqué par un ancrage théorique béhavioriste que par un fort souci pragmatique qui le rapproche de la psychologie appliquée. Certains chercheurs du courant processus-produit se sont effectivement clairement inscrits dans une approche béhavioriste, refusant d’étudier l’activité mentale des enseignants, mais on peut aussi trouver des auteurs qui ont intégré des concepts cognitifs dans leurs analyses3. Tant et si bien que les contours de ce courant sont relativement flous et telle analyse pourra parfois être vue par certains comme relevant d’une approche processus-produit, et non par d’autres : ainsi, les travaux sur les attentes des enseignants relèvent-ils d’une approche processus-produit ? On trouvera, dans ce rapport, des références aux travaux processus-produits essentiellement dans les chapitres rédigés par Pascal Bressoux (chapitre 3), Joël Clanet (chapitre 4), Michèle Arnoux (chapitre 5) et Marie-Jeanne Perrin-Glorian (chapitre 8).

Nombre des courants ultérieurs sont nés en réaction contre les travaux processus-produit. Il en est ainsi en particulier des approches cognitivistes “ classiques ” qui, à partir des années 1970, se sont donné pour objet l’étude de la pensée des enseignants. Il s’agit dans ce cadre, en considérant l’enseignement comme un processus de traitement de l’information, d’inférer à partir des comportements observables, l’activité cognitive qui les génère. Ce courant est donc le premier à étudier spécifiquement la cognition des enseignants. Les auteurs postulent une rationalité des acteurs, et l’enseignement est défini comme un processus de prise de décision en situation qui suit la formation d’un jugement porté sur cette situation en fonction des buts à atteindre. On y distingue en général une activité préactive (de planification), une activité interactive et une activité post-active (de retour mental sur l’action) qui est un jugement formé a posteriori sur l’action qui s’est déroulée. Ce jugement post-actif sert à nouveau à la planification d’une action ultérieure. On retrouve donc dans ce découpage la conception même de ces travaux selon lesquels toute action est guidée par un plan, que ce plan soit établi longtemps à l’avance, où qu’il apparaisse sous la forme d’un jugement en situation. D’un point de vue méthodologique, ces travaux visent à récupérer des “ traces ” de l’activité cognitive des enseignants : notes de préparation, cahier-journal par exemple. Mais, surtout, ces “ traces ” sont recherchées dans la verbalisation par les enseignants eux-mêmes à propos de leur propre activité cognitive (rappel stimulé, pensée à haute voix…). On trouvera, dans ce rapport, des références aux travaux cognitivistes “ classiques ” essentiellement dans les chapitres rédigés par Philippe Dessus (chapitre 1), Jean-Jacques Maurice (chapitre 2), Pascal Bressoux (chapitre 3) et Françoise Raby (chapitre 7).

La phénoménologie exerce une influence qui s’est assez fortement affermie au cours des deux dernières décennies sur les travaux en éducation. Rappelons que la phénoménologie vise l’étude du monde objectal tel qu’il apparaît à la conscience individuelle (Gauthier, 1997). L’existence d’une réalité objective, en dehors de la conscience des sujets, est niée. C’est l’expérience vécue qui forme la représentation du monde. En ce sens, le monde n’est pas extérieur à la connaissance qu’on en a, il est construit et reconstruit en permanence par les représentations des individus au fil de leur expérience vécue. Ainsi s’agit-il d’atteindre la signification des actions en appréhendant le sens que les acteurs leur accordent eux-mêmes. Ces travaux sont fortement inspirés, dans le domaine de l’éducation, par les travaux de Schön sur le praticien réflexif et sont marqués, sur le plan méthodologique, par un refus des méthodes quantitatives : “ L’activité des enseignants en classe est vue comme une activité hic et nunc qui se crée dans l’expérience vécue et par l’expérience vécue et qu’il s’agit d’interpréter, via une réflexion-en-action (Schön, 1983) pour lui donner du sens. Les expériences vécues conduiraient à la production de métaphores, d’images personnelles circonstancielles fonctionnant comme des organisateurs cognitifs de l’activité et qui intégreraient les dimensions intimes du vécu corporel de la situation. ” (Casalfiore, 2000, p. 7). Il s’agit dans le cadre de ces approches, par des études de cas, de saisir l’expérience vécue subjectivement à l’aide de matériaux narratifs. Ces travaux visent en particulier à intégrer l’importance du contexte de l’action dans les analyses de même que la dimension affective de l’action, dimensions qui sont vues comme trop absentes dans les approches cognitivistes “ classiques ”. En voulant absolument étudier des contextes dans leur spécificité, en s’en tenant à l’étude de cas d’enseignants individuels, toute situation est dès lors unique et jamais renouvelable. Ces travaux risquent donc de conduire à des connaissances qui ne sont guère comparables et surtout guère cumulables. Chaque étude semble incommensurable aux autres ce qui ne semble guère propice à améliorer notre compréhension d’une classe de phénomènes. On trouvera, dans ce rapport, des références aux travaux influencés par la phénoménologie essentiellement dans les chapitres rédigés par Jean-Jacques Maurice (chapitre 2) et Marie-Jeanne Perrin-Glorian (chapitre 8).

Les approches interactionnistes mettent l’accent sur le caractère socialement construit de la cognition humaine et définissent l’activité enseignante comme une interaction fondée essentiellement sur le langage : “ L’enseignement serait composé d’activités organisées par l’interaction sociale, et dépendant d’un répertoire complexe d’opérations – langagières – sur les connaissances. Ce répertoire complexe d’opérations serait marqué par les interactions sociales préalables qui le structurent ” (Casalfiore, 2000, p. 8). Les travaux interactionnistes mettent beaucoup l’accent sur le fait que l’enseignement est une interaction fondée sur le langage, qui s’inscrit dans un contexte particulier qui lui donne son sens. En cela, l’interaction ne peut être dissociée de son contexte. De nombreux travaux, d’inspiration ethnographique ou écologique, conçoivent le contexte comme producteur de demandes, que les individus doivent interpréter, et auxquelles ils doivent répondre. Largement fondés sur des méthodes sociolinguistiques d’analyse du discours ou d’analyse conversationnelle, ces travaux portent là encore beaucoup sur des cas particuliers dont il s’agit de décrypter finement le jeu des interactions langagières. On trouvera, dans ce rapport, des références aux travaux interactionnistes essentiellement dans les chapitres rédigés par Joël Clanet (chapitre 4), Christine Barré-De Miniac et Jean-François Halté (chapitre 6) et René Amigues (chapitre 9).

Le courant de la cognition située peut être considéré comme le plus récent en ce qui concerne l’étude de l’activité enseignante. Peu de travaux sont à mettre à son actif pour l’instant, ce qui rend difficile tout bilan critique. Actuellement, il jouit en tout cas d’un engouement certain. Ce courant “ situationniste ” partage avec le courant interactionniste le postulat de constructivisme social et le souci d’accorder au contexte une place fondamentale pour la compréhension de l’activité enseignante. Le courant “ situationniste ” se sépare toutefois du courant interactionniste “ par le rejet radical d’un rationalisme dualiste qui marque une scission de nature entre l’individu et le monde qui l’entoure […] l’individu et son environnement ne peuvent s’envisager séparément car c’est de leur interaction que la cognition émerge et se déploie. En ce sens, la cognition est située en dehors des structures mentales de l’individu et n’existe que dans l’interaction entre cet individu et le monde qui l’entoure, à travers les signification locales qu’il attribue à la situation changeante ” (Casalfiore, 2000, p. 9). La cognition ne serait donc pas préexistante à la situation d’enseignement ; elle émergerait dans l’interaction avec le contexte. On voit ici l’opposition nette aux travaux de cognition “ classique ” en ce sens que la planification de l’activité est considérée comme quasi-impossible. Tout au plus, les éléments de planification peuvent-ils être considérés comme des cadres très larges et très lâches de l’action. Le courant situationniste adopte une conception émergente de la cognition, qui rend imprévisible toute activité cognitive et, par conséquent, tout comportement, même si l’on dispose d’une bonne connaissance a priori de la situation. Ainsi, les travaux sur la cognition située nous renvoient-ils à une philosophie situationniste de l’action, où les principes de l’action sont à rechercher dans la situation même où elle se déroule. Les méthodes utilisées sont essentiellement qualitatives, souvent fondées sur des enregistrements vidéo qui font l’objet d’une transcription exhaustive de certaines phases jugées cruciales, éventuellement avec des méthodes de verbalisation de l’enseignant proches de celles utilisées par le courant cognitiviste “ classique ” dans l’étude de la pensée des enseignants (rappel stimulé…). Comme beaucoup de courants naissants, l’approche de la cognition située vise à renvoyer dos à dos chacun des courants précédents et se proposent de les dépasser toutes pour appréhender l’activité enseignante d’une façon globalisante apte à intégrer les apports des autres approches tout en dépassant leurs limites. C’est évidemment en actes, dans la durée, qu’on pourra juger de l’apport réel de ce courant à la connaissance des stratégies de l’enseignant en situation d’interaction. On trouvera, dans ce rapport, des références aux travaux de cognition située essentiellement dans les chapitres rédigés par Philippe Dessus (chapitre 1) et Jean-Jacques Maurice (chapitre 2).

Plan de la note de synthèse

La note de synthèse est composée de quatre parties :

La première partie traite de la planification et du jugement des enseignants en lien avec leur comportement en classe. Le chapitre rédigé par Philippe Dessus présente les travaux qui ont mis en lien la planification des enseignants avec leur activité dans la classe en présence des élèves. Le chapitre rédigé par Jean-Jacques Maurice présente les travaux qui ont pris pour objet le jugement que les enseignants élaborent en cours d’action (sur le contenu, sur l’organisation de la classe, sur les élèves, etc.) et la prise de décision qui y est associée. Le chapitre rédigé par Pascal Bressoux présente les travaux qui ont étudié la manière dont les enseignants construisent un jugement sur la valeur scolaire de leurs élèves, comment ce jugement influence le comportement des enseignants en classe et comment il peut affecter les attitudes et les résultats des élèves.

La deuxième partie traite de la gestion et de l’organisation de la classe. Le chapitre rédigé par Joël Clanet présente les travaux ayant pris pour objet la gestion et l’organisation de la classe essentiellement d’un point de vue interactionniste. Le chapitre rédigé par Michèle Arnoux présente les travaux qui ont spécifiquement étudié la gestion du temps en classe et ses effets sur les acquis des élèves.

La troisième partie regroupe les travaux qui relèvent des disciplines didactiques. Elle montre comment l’activité de l’enseignant a pu être prise en compte au sein de disciplines vouées à étudier des contenus disciplinaires particuliers. La relation entre l’activité de l’enseignant et le contenu spécifiquement enseigné est donc ici fondamentale. De plus, les didactiques ont déjà pu développer, de manière plus ou moins forte, leur propre corpus théorique, tout en intégrant parfois les apports des disciplines contributoires (psychologie, sociologie, linguistique…). Le chapitre rédigé par Christine Barré-De Miniac et Jean-François Halté présente les travaux en didactique du français langue maternelle. Son champ regroupe les travaux français, belges, canadiens et suisses. Le chapitre rédigé par Françoise Raby présente les travaux en didactique des langues étrangères, essentiellement du point de vue de l’apprentissage de la langue anglaise. Le chapitre rédigé Marie-Jeanne Perrin-Glorian présente les travaux en didactique des mathématiques.

La quatrième partie présente des perspectives nouvelles de recherche et fait le bilan des travaux présentés dans la note de synthèse. Le chapitre rédigé par René Amigues présente l’apport de l’ergonomie à l’analyse du travail enseignant, courant qui se développe depuis peu en France. La place qui est attribuée à ce chapitre ne vise pas à donner un quelconque statut privilégié à l’approche ergonomique par rapport aux autres courants de recherche. Cependant, étant de développement très récent, l’approche ergonomique peut porter un regard critique sur les travaux antérieurs, ce qui la destine particulièrement bien à une partie consacrée à un bilan critique. De plus, l’approche ergonomique tend à dépasser le découpage des courants ou des disciplines tels que nous avons pu le réaliser ici, puisqu’un nombre croissant de chercheurs d’horizons très divers s’inspire maintenant des méthodes ergonomiques pour cerner leur objet. Ce développement de l’approche ergonomique et sa diffusion dans différents secteurs de la recherche traitant du travail enseignant nous semble particulièrement apparent dans cette note de synthèse. On peut en effet repérer des travaux d’inspiration ergonomique dans les travaux sur la pensée des enseignants (cf. Dessus et Maurice dans ce rapport), dans l’étude de la gestion et de l’organisation de la classe (cf. Clanet dans ce rapport), de même que dans les travaux de didactique (cf. Barré-De Miniac & Halté, Raby et Perrin-Glorian dans ce rapport). Enfin, le dernier chapitre, rédigé par Pascal Bressoux, présente, sur la base des chapitres précédents, un bilan critique et comparé de la recherche internationale et de la recherche française sur les stratégies de l’enseignant en situation d’interaction. Il s’agit de dresser l’état des connaissances acquises dans le domaine, de ce qui est moins connu, des forces ou des limites de ce domaine de recherche, tant sur les plans théoriques que méthodologique. On pourra, à partir de ce bilan, tracer quelques pistes de recherche ultérieure.

Pascal Bressoux

Bibliographie sélective

Berliner, D. C. (1990). The place of process-product research in developing the agenda for research on teacher thinking. Educational Psychologist, 24(4), 325-344.

Borg, W. R. & Ascione, F. R. (1982). Classroom management in Elementary mainstreaming classrooms. Journal of Educational Psychology, 74(1), 85-95.

Casalfiore, S. (2000). L’activité des enseignants en classe. Contribution à la compréhension de la réalité professionnelle des enseignants. Les Cahiers de Recherche du GIRSEF, 6.

Gage, N. L., (1976). Une approche analytique de la recherche sur les méthodes pédagogiques. In A. Morrison & D. Mc Intyre (Eds.), Psychologie sociale de l’enseignement, (Tome 1, pp. 36-53). Paris, Dunod.

Gauthier, C. (Ed.) (1997). Pour une théorie de la pédagogie. Recherches contemporaines sur le savoir enseignant. Bruxelles, De Boeck.

Kounin, J. S. (1970). Discipline and group management. New York, Holt, Rinehart and Winston.

Schön, D. A. (1983). The reflexive practitioner. How the professional think in action. New York, Basic Books.



Planification et jugement en lien avec le comportement de l’enseignant en classe

Les effets de la planification sur l’activité de l’enseignant en classe

Être en enfer, c’est dériver ;

Être au paradis, c’est piloter.

Georges Bernard Shaw

Philippe Dessus

Introduction

Dans le domaine de la formation des enseignants, il est courant d’insister sur l’importance de la planification pour l’activité de l’enseignant en classe : les enseignants efficaces seraient ceux qui planifient soigneusement leur travail et celui de leurs élèves (Clark, 1989 ; Lalik & Niles, 1990 ; Putnam & Johns, 1987). Cette prescription, curieusement, ne se trouve pas avoir été souvent étudiée empiriquement, comme nous allons le montrer.

Nous nous intéressons ici aux effets de la planification de l’enseignant sur son activité en présence de ses élèves 4. Nous allons présenter ici une revue des recherches, aux plans national et international, qui ont eu pour but de mettre au jour ces effets. Cette question, comme l’ont souligné de nombreux chercheurs (Clark & Peterson, 1986 ; Crahay, 1989 ; Durand, 1996 ; Shavelson & Stern, 1981) a fait l’objet de peu de recherches, alors qu’il en existe de nombreuses sur chacune des deux activités séparées. Cette absence de recherches est encore plus curieuse quand on se rappelle deux des postulats centraux des recherches sur la pensée des enseignants : tout d’abord que “ le comportement de l’enseignant est guidé par ses pensées, jugements et décisions ” (Shavelson & Stern, 1981, p. 457) et, ensuite, qu’un des rôles principaux de la planification est de faciliter l’utilisation future de routines dans l’enseignement en classe (Clark & Yinger, 1987). Ces postulats auraient pu générer plus de travaux essayant de déterminer le lien entre les pensées, jugements et décisions de l’enseignant et son comportement.

La formulation de notre question s’inscrit dans l’un des paradigmes de la recherche en éducation, d’inspiration cognitiviste, celui de l’étude de la pensée des enseignants 5. Ce paradigme consiste en l’étude des processus cognitifs des enseignants dans l’une des trois phases suivantes : la pré- et interactivité (Jackson, 1968, cité par Anderson & Burns, 1989) et la postactivité (Clark & Peterson, 1986). Commençons par décrire brièvement l’activité de planification telle qu’elle apparaît dans la littérature.

La planification de l’enseignement et ses liens avec l’activité de l’enseignant en classe

La planification de l’enseignement : définitions

Donnons quelques définitions de l’activité de planification, en faisant le point sur quatre questions principales : — quels sont les différents types de planification ? — sur quelles variables de la situation d’enseignement se centrent-ils ? — quels rôles jouent-ils ? et, enfin, — quelles formes ont pris les recherches, selon les différents courants de recherche passés et présents ?

Les travaux de Yinger (1979) ont contribué à éclaircir les deux premiers points. Ils mettent au jour différentes productions de l’enseignant selon l’échéance (planification annuelle, trimestrielle, hebdomadaire, journalière, etc.) et montrent qu’une de leurs fonctions principales est d’établir et de peaufiner des routines d’enseignement. Des travaux ultérieurs (Leinhardt & Greeno, 1986) ont confirmé ce point. Schématiquement, on peut considérer trois principaux éléments de la situation d’enseignement pris en compte dans la planification (voir Shavelson & Stern, 1981, pour une revue) : le contenu enseigné occupe généralement la plus grande part des préoccupations des enseignants planifiant, suivi des caractéristiques des élèves et, en moindre part, du matériel. Ces données montrent que le modèle de planification tylerien, (modèle linéaire et prescriptif, préconisant de débuter la planification par l’énoncé des objectifs, puis de continuer en spécifiant l’organisation des activités d’apprentissage et leur évaluation) n’est pas appliqué dans la réalité.

En ce qui concerne les modèles de planification mis au jour, différentes modélisations cognitives de l’activité de planification ont été proposées (Charlier & Donnay, 1987 ; Clark & Peterson, 1986 ; Edmonds, Branch & Mukherjee, 1994 ; Ragan & Smith, 1996), on peut schématiquement les classer en trois catégories principales : les modèles tyleriens, issus de la méthode linéaire de planification de Tyler ; les modèles décisionnels, issus de diverses applications de la théorie de la décision au jugement de l’enseignant (Cadet, 1997 ; Dessus & Maurice, 1998 ; Maurice, 1996) ; et les modèles “ de résolution de problèmes ” (Charlier, 1989 ; Charlier & Donnay, 1987). Ces trois catégories de modèles coexistent encore, car elles remplissent des finalités différentes. Les modèles tyleriens sont plutôt utilisés en formation et pour la conception d’environnements informatisés d’aide à la planification ; les modèles décisionnels sont plutôt utilisés dans la recherche sur le jugement des enseignants en action (cf. Maurice dans ce rapport) et dans certains environnements informatisés. Les modèles de résolution de problèmes, eux, restent peu présents et peu testés dans la littérature.

La majorité des travaux sur les effets de la planification sur l’activité en classe de l’enseignant s’est constituée au sein du paradigme de la pensée des enseignants. Toutefois, ces travaux se réclament souvent de courants au sein de ce dernier, que nous allons maintenant détailler. C’est vraisemblablement dans le courant systémique que s’inscrivent la majorité des modèles généraux de l’enseignement (Berbaum, 1982) bien que l’effet de la planification sur l’activité de l’enseignant en classe y apparaisse rarement. En effet, ne figurent dans la plupart des travaux de ce courant que les fonctions (et non les activités) des différents agents participant à une situation de classe (Bru, 1991). Le courant cognitiviste (qui, à proprement parler, a fait naître le paradigme de la “ pensée des enseignants ”) a parfois réutilisé certains modèles précédents, en se centrant plus sur l’activité de l’enseignant. Ici, le présupposé est que certains buts, règles ou routines contrôlent l’action de l’enseignant en classe (Clancey, 1997 pour un point de vue critique non centré sur l’enseignant). Une variante de ce courant a pris récemment une grande ampleur, l’approche phénoménologique qui, via le récit d’expérience hic et nunc des enseignants, tente de prendre en compte des éléments comme les affects, négligés des approches cognitivistes classiques. Enfin, le courant de l’action située replace le travail de l’enseignant dans son contexte, en posant que toute action humaine survient lors d’activités (Clancey, 1997 ; Suchman, 1990). Ici, les chercheurs étudient les différentes activités de l’enseignant, non seulement en lien avec les différentes tâches, mais surtout en lien avec les différents contextes. Cette vue se trouve également dans certains travaux inspirés par la psychologie ergonomique qui étudient l’enseignant (Durand, 1996 ; Raby & Dessus, 1998 ; Rogalski, 1999). Passons maintenant à la description du sujet qui nous préoccupe ici, le lien entre planification et activité de l’enseignant en classe.

Positions théoriques à propos du lien planification-activité d’enseignement en classe

Comme nous l’avons déjà signalé dans l’introduction, tout se passe comme s’il existait un fossé entre la planification et l’activité de l’enseignant en classe. D’un côté, les chercheurs mentionnent un lien fort de la planification à l’action, d’un autre côté, les modèles de la pensée et des jugements de l’enseignant dans la classe (Shavelson & Stern, 1981) mentionnent les traits observés de la situation comme seuls antécédents, sans reprendre le résultat de la planification (Kwo, 1994). Cet embarras persiste si l’on examine le statut du lien entre planification et activité d’enseignement en classe selon les différents courants examinés plus haut. En effet, l’action de l’enseignant vue des cognitivistes s’ancre sur les routines, par définition issues de l’action en classe ; le courant de l’action située va plus loin en montrant que l’activité de l’enseignant peut difficilement être planifiée, car elle émerge de l’activité en classe (Casalfiore, 2000).

Par conséquent, les positions des chercheurs sur les liens entre planification et activité en classe sont peu nombreuses. Ils peuvent estimer que, comme Durand (1996, p. 167) : “ Les pensées préactives constituent l’un des meilleurs prédicteurs de ce qui se passe en classe ”, en montrant que les planifications sont des guides pour l’action future et s’apparentent aux images opératives d’Ochanine (1978) : schématiques, lacunaires et déformées. Des chercheurs atténuent le lien en montrant, comme Altet (1994) ou Chautard et Huber (1999a et 1999b), que la planification sert de préparation à l’action et que des décalages, des ajustements, sont possibles. Enfin, d’autres chercheurs (Berliner, 1990), pensent que les effets de la planification ne sont pas à rechercher au niveau des comportements en classe de l’enseignant, mais plutôt au niveau des aspects structurels et matériels de la leçon. Ces différentes positions méritent d’être confrontées à l’expérience. Il convient donc d’examiner les études qui se sont attachées à mesurer cet effet de la planification sur l’activité de l’enseignant en classe. Auparavant, détaillons les principales méthodes d’étude de cet effet.

Méthodes d’étude des effets de la planification sur l’activité de l’enseignant en classe

Nous pouvons distinguer deux méthodes principales pour étudier les effets en question : — une méthode comparative, qui manipule le facteur “ planification ” via un groupe-contrôle ; — son étude “ en creux ”, qui revient à évaluer la trace de la planification dans l’activité, sans groupe-contrôle. La première méthode est la plus répandue au niveau international, la deuxième est la plus répandue au niveau français. Détaillons-les.

La méthode comparative pose que si l’on veut mettre au jour des effets de la planification, cela implique que l’on manipule ce facteur expérimentalement et, ainsi, que l’on demande à des sujets enseignants de ne pas planifier leur enseignement. Cette consigne paraît contredire la définition même de la planification : de la même manière que l’on ne peut pas ne pas décider, il ne semble pas possible de ne pas planifier son enseignement. Et, lorsque tout est organisé, dans l’expérimentation, pour que les sujets n’aient pas le temps matériel d’organiser une planification (Byra & Coulon octroient seulement deux minutes à leurs sujets du groupe sans planification), cela a pour effet corollaire d’élever le niveau de stress et d’anxiété des sujets.

Suivant des principes issus de l’analyse du travail, la planification est aussi parfois étudiée “ en creux ” : c’est l’imprévu (ou l’ “ implanifié ”) qui est étudié comme témoin de l’activité cognitive de l’enseignant et même parfois de la classe (Chautard & Huber, 1999a). Chautard et Huber nomment “ imprévu ” : “ […] tout événement de nature organisa­tionnelle, méthodologique, relationnelle ou cognitive, qui a échappé à la programmation de l’enseignant et qui introduit une perturbation dans la leçon en cours). ” (id., p. 168) Il est également possible, comme le fait Perrenoud (1999), d’utiliser cette notion de l’imprévu pour proposer un cadre de formation des enseignants.

Passons maintenant à notre revue de la question des études empiriques qui se sont attachées à mettre au jour le lien planification-activité de l’enseignant en classe, en exposant éventuellement ses incidences sur l’activité des élèves.

Recherches internationales

On doit les premières recherches sur l’incidence de la planification sur l’activité de l’enseignant en classe à Zahorik (1970) et le premier examen corrélatif de la planification et de diverses catégories de comportement de l’enseignant à Peterson, Marx et Clark (1978, voir également des revues dans Peterson & Clark, 1978 ; Shavelson & Stern, 1981). Ces deux recherches princeps ont été répliquées plus récemment, dans le domaine de l’enseignement de l’éducation physique et sportive, respectivement par Byra et Coulon (1994) et par Twardy et Yerg (1987). Détaillons maintenant ces recherches. Le tableau 1 ci-dessous rassemble les principales caractéristiques de ces travaux.

Planification vs non planification

Comme indiqué plus haut, Zahorik (1970) a manipulé le facteur “ planification ” en imposant à ses sujets enseignants de ne pas planifier la séance à venir. Il a demandé à une douzaine d’enseignants du primaire d’enseigner sur le thème des cartes de crédit. Ils ont été aléatoirement distribués dans deux groupes, l’un dont les sujets étaient informés du thème de l’enseignement deux semaines auparavant et recevaient un plan partiel de la séance (sur un modèle tylerien), l’autre groupe était informé du contenu de l’enseignement seulement quelques secondes avant de l’enseigner. La principale variable dépendante est la centration des enseignants sur les élèves (sensitivity to pupils), mesurée par une grille ad hoc. Les résultats montrent que les enseignants ayant planifié sollicitent leurs élèves plus souvent que les autres, tout en les encourageant moins souvent. De plus, les enseignants ayant planifié demandent plus à leurs élèves d’approfondir leurs réponses que ceux n’ayant pas planifié. Ces résultats amènent Zahorik à remettre en question le modèle de planification tylerien : “ […] la planification rend la pensée de l’enseignant rigide et sur une voie proche du déraillement. ” (id., p. 149) Cette interprétation amène le commentaire suivant : dans cette étude, deux variables indépendantes sont manipulées sans contrôle, le fait de planifier et le fait d’être guidé par un plan préétabli. Ainsi, il est impossible d’attribuer les différences entre les deux groupes à l’un ou l’autre de ces facteurs. Autre biais déjà abordé plus haut, cette méthode met aussi en question la capacité des enseignants à gérer une situation stressante. Toutefois, cette méthode organise une situation assez proche de situations réelles, puisque les enseignants ont parfois l’occasion de mener un enseignement “ au pied levé ”. Plus récemment, une étude de Byra et Coulon (1994) a utilisé ce même protocole, là aussi sans contrôler très précisément les deux facteurs en question.

Byra et Coulon (1994) ont demandé à une douzaine d’enseignants débutants de réaliser deux séances de sport en école primaire. La première séance, de basket-ball, était planifiée avec l’aide d’une grille standard fournie par les expérimentateurs, la deuxième devait être réalisée sans planification, les sujets ayant connaissance du thème deux minutes avant de commencer la séance (l’ordre des séances n’étant pas contrebalancé). Trois types de données sont recueillis : les durées des différents épisodes des séances, selon le protocole alt-pe (Academic Learning Time-Physical Education), la durée des feed-back des enseignants, ainsi que des données issues d’une grille évaluant la qualité de l’interaction enseignant-élèves. Des différences significatives interséances ont pu être mises au jour : les séances planifiées comportent plus de temps alloué à l’échauffement des élèves, à l’explication des règles du jeu et les périodes effectives de réflexion des élèves sont également plus nombreuses lors des séances planifiées. À l’inverse, les séances non planifiées comportent des épisodes plus importants dans lesquels les élèves ont des comportements non liés à la tâche (off-task). Enfin, d’un point de vue qualitatif, les élèves font preuve de plus d’attention, la tâche est mieux présentée par l’enseignant planifiant, ses indications sont plus précises et son feed-back plus adéquat. Ces résultats, majoritairement en faveur de la planification, sont à relativiser en raison de deux biais possibles : le non-contrebalancement du facteur planification et, comme pour l’étude de Zahorik, le non-contrôle du fait que les sujets planifient avec une grille préétablie.



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